
Le débat revient chaque année : faut-il encore écrire une lettre de motivation, ou est-ce un exercice dépassé que plus personne ne lit vraiment ? Les chiffres disponibles en 2026 ne donnent pas une réponse tranchée — et c'est justement ce qui en fait un sujet intéressant à comprendre plutôt qu'à trancher à la légère.
Aujourd'hui, seule une entreprise sur deux (50 %) demande explicitement une lettre de motivation dans son processus de recrutement. Ce n'est donc plus un passage obligé systématique, loin de l'époque où l'absence de lettre disqualifiait presque automatiquement une candidature.
Sur son importance réelle, les avis des recruteurs sont partagés d'une façon qui semble contradictoire au premier regard : 56 % des recruteurs déclarent lui accorder peu ou pas d'importance, tandis que 57 % affirment dans le même temps qu'elle influence leurs décisions d'embauche. Ce n'est pas une incohérence des études — c'est le signe que la lettre ne joue pas le même rôle à toutes les étapes du recrutement.
Cette apparente contradiction s'explique bien si l'on regarde à quel moment la lettre entre en jeu. Les données américaines de ResumeGenius vont dans le même sens : 45 % des recruteurs disent lire la lettre avant le CV quand elle est présente, mais son rôle principal se situe surtout au moment où plusieurs candidats se valent sur le papier — elle sert alors de critère de différenciation, un peu comme un ultime bulletin de vote entre deux profils autrement équivalents.
Autrement dit : la lettre de motivation n'est presque jamais ce qui vous fait passer le premier filtre (c'est le rôle du CV et de sa bonne lisibilité par les logiciels de recrutement). Mais elle peut être ce qui fait la différence quand vous arrivez en position de short-list, face à d'autres candidats au profil comparable.
Un chiffre mérite une attention particulière : les candidats qui joignent une lettre personnalisée obtiennent 53 % de rappels en plus, y compris lorsque la lettre n'était pas demandée dans l'offre. Ce résultat va à l'encontre de l'idée reçue « si ce n'est pas demandé, ça ne sert à rien » — une lettre bien écrite et réellement personnalisée reste un signal fort d'investissement, précisément parce que la majorité des candidats ne prennent pas cette peine.
Ce chiffre a toutefois une condition implicite : il concerne les lettres personnalisées, pas les lettres génériques copiées-collées d'une candidature à l'autre. Une lettre qui répète simplement ce qui est déjà écrit dans le CV, sans rien apporter de nouveau, n'a logiquement aucune raison de produire cet effet.
La lettre de motivation n'est ni un passage obligé universel, ni un exercice inutile à abandonner. C'est un outil dont l'utilité dépend entièrement de la façon dont on s'en sert : elle est probablement dispensable si elle ne fait que reformuler le CV, et elle reste un vrai atout si elle explique quelque chose que le CV ne peut pas dire — pourquoi cette entreprise précisément, comment votre parcours répond à un besoin spécifique de l'offre, ou un élément de contexte qui mérite d'être expliqué (reconversion, coupure de parcours, changement de secteur).
La bonne question n'est donc pas « faut-il en écrire une », mais « est-ce que la mienne apporte une information que mon CV ne donne pas déjà ». Si la réponse est non, le temps est probablement mieux investi ailleurs. Si la réponse est oui, une lettre courte et ciblée peut clairement faire pencher la balance.
Si vous hésitez sur l'utilité d'une lettre pour votre situation, ou si vous voulez d'abord vous assurer que votre CV, lui, passe bien les premiers filtres, je propose un audit gratuit de CV pour faire ce point. Recevez votre audit gratuit ici.
À lire aussi : la structure d'une lettre de motivation · adapter sa lettre de motivation à chaque offre · la candidature spontanée.
Quand votre parcours sort du cadre (reconversion, trou, changement de secteur), quand le poste vous tient à cœur et que vous pouvez montrer votre compréhension de l'entreprise, ou quand l'offre mentionne la motivation. Dans les autres cas, un mot d'accompagnement de trois ou quatre lignes dans l'e-mail suffit à faire bonne impression.
Seule une entreprise sur deux la demande explicitement, selon les données citées. Si l'offre l'exige, elle devient indispensable. Sinon, elle reste un atout, surtout pour un profil atypique.
Vous pouvez envoyer un court message d'accompagnement qui souligne votre intérêt et un point précis de l'offre. Il remplace utilement une lettre complète.
Parlez du besoin de l'entreprise plutôt que de votre CV, appuyez votre argument sur un résultat concret et gardez une demi-page. La lettre est faite pour convaincre, pas pour résumer.
